Je me lève avec un mal de crâne en réfléchissant à comment parler de ma virée au tout nouveau musée de l’immigration ouvert depuis quelques jours. Je suis loin d’avoir un avis pertinent sur le sujet. D’abord parce que les musées ont toujours été pour moi un lieu étrange et d’autant plus étrange quand il s’agit de musée d’Art Moderne. J’essaie de m’y intéresser, de me forger tout un raisonnement pseudo philosophique sur la place de l’Art dans l’humanité…
Finalement, ce que je peux conclure de mes intenses balbutiements cérébraux se résume à ça : n’est œuvre d’art que ce que l’homme souhaiterait rendre ainsi.
C’est vrai, ce qui est beau dans les musées, ce n’est pas l’œuvre elle même, mais c’est tout ce qu’il y a autour l’espace, la lumière, les échos de notre voix lorsqu’on chuchote, les murs blancs, l’agencement des meubles… Tout cet environnement, tout cet effort de présentation pour mettre en valeur une statuette difforme qui ne ressemble à rien, tout cela fait que cette statuette d’un coup devient une représentation artistique.
Moi, je suis sûre que si je prenais cette même statuette difforme dans ma chambre, ma mère passerait deux, trois fois à côté, et à la quatrième, je m’essuierai une réflexion du genre « jette moi ce zbel (ordure), et range un peu le bazar qu’il y a dans ta chambre ! ».
Voilà, c’est donc avec ce premier a priori que je me suis rendue au musée très contesté et (contestable ?) de l’immigration.
L’autre point qui m’intriguait et qui attisait ma curiosité en me rendant à ce musée, c’était de savoir ce qu’il allait être exposé. C’est vrai, je n’ai pas à ma connaissance de noms d’artistes ayant comme thème de prédilection dans leurs tableaux ou leurs sculptures, l’immigration. En revanche, je m’imaginais volontiers des œuvres coloniales du genre « y a bon banania ». Alors, l’art de l’immigration allait-il être rattaché à l’art colonial ?
Heureusement que non… finalement, ce musée avait plus l’allure d’une exposition : de nombreuses photos, une large médiathèque qui permettait de visionner de nombreux reportages et témoignages.
A vrai dire, ça ne m’a rien appris. Tout ce qui était exposé, je le savais déjà…
Je savais que le déracinement était difficile, je savais que les immigrés chérissaient les sacs bleu blanc à carreaux pour les va et vient, je savais l’exiguïté des foyers sonacotra, je savais qu’ils (nous) avaient (avions) le cul entre deux chaises. En fait, ce musée, c’est notre univers reconstitué pour ceux qui ignoraient notre existence.
Je ne sais même plus s’il y avait un souffle positif. Je ne me suis pas attardée, je suis sortie en essayant d’imaginer quel regard un français « de souche » porterait sur ce musée, qu’est ce qu’il aurait appris en en sortant, qu’est ce qu’il lui aurait plu….
Dans le contexte actuel, je ne sais pas de quelle manière apprécier l’ouverture de ce musée, est ce réellement une reconnaissance ? Ou plutôt une stigmatisation ? Je ne sais, pas, mais en sortant, j’avais un picotement au cœur. Certes ce qui était exposé est notre univers, mais voilà, c’est un univers dans lequel on ne souhaiterait plus être cantonné… l’immigration et ses enfants ont longtemps été malmenés, est ce une façon de se donner bonne conscience en érigeant un musée de la sorte… ? Quand je vois ce que Sarkozy prépare, je me pose de nombreuses questions…….
La seule chose dont je suis sure, c'est que mon mal de crâne est passé, et que le paracétamol est vraiment efficace au bout de vingt minutes !
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