Je ne sais ce qui me pousse à parler de mon cousin Rachid... Je pensais à sa vie tumultueuse, sa violence, son amour pour les femmes, et sa secrète addiction aux drogues plus ou moins douces. Mon cousin, c'est le quatrième fils de ma tante. C'était peut être le plus chéri, je ne sais pas... Toujours est-il que le seul souvenir que je garde de lui lorsque j'étais enfant, c'est que c'était un sacré voyou, un gosse de la rue, un peu comme les chicos des bidonvilles du Mexique, sauf que lui n'était pas orphelin, et qu'il n'habitait pas un bidonville... C'est cette image qui me restera de lui avant qu'il ne décide de réaliser le rêve de milliers de jeunes algériens, quitter son pays pour rejoindre l'Europe....
Il partit donc en Italie.
Ma tante resta sans nouvelle de lui durant de longs mois jusqu'au jour béni où elle reçu une enveloppe, quelques devises et surtout des photos de son fils. Il était beau, bien habillé, il avait adopté la classe italienne, il devait être bien là-bas. Elle ne devait plus s'inquieter pour lui.
A Alger, la vie continuait son cours avec la montée de l'intégrisme, les militaires, les ninjas, les barbus, et surtout les morts....
Ma tante attendait chaque jour de ses nouvelles... Son visa était depuis longtemps caduque. Il était désormais un sans papier algérien en Italie, en plein milieu des années 90. Elle connaissait les risques, elle savait qu'il pouvait lui arriver n'importe quoi, qu'il n'était pas en sécurité.... Effectivement, la nouvelle prévisible tomba comme une masse de plomb sur le dos courbé de ma tante, il lui est arrivé quelque chose, il était en prison.
Cinq longues années se sont ainsi écoulées, avec pour ma tante, le même espoir de revoir son fils parmi nous. Elle s'est alors battu pour son retour. Et son fils est revenu non sans difficultés. Peu importe, il était là, près d'elle. Il était evidemment bouleversé, le traitement qui lui a été infligé en Italie n'était pas des plus tendres. Une fois à Alger, il alternait les cures de desintoxication, les séjours en psychiatrie et les rechutes violentes qui menaçaient de plus en plus son entourage.
Somme toute, il fut équilibré, et ma tante y était pour quelque chose puisqu'elle décida de le marier. C'était d'après elle, source d'apaisement de l'esprit. Il épousa donc une jeune fille de sa ville, qui lui enfanta un beau garçon, à l'image de son père. Deux années plus tard, la belle fille n'était plus désirable, et il lui demanda le divorce. Et ma tante s'en pressa de lui trouver une seconde épouse, tout aussi rayonnante que la première. Il se remaria tout simplement, et il eut deux beaux enfants.
Aujourd'hui, mon cousin Rachid est à nouveau interné en psychiatrie, pour une enième cure de desintoxication. Sa femme vit avec ma tante, s'occupe seule de ses enfants, et reste totalement dépendante financierement de ce que j'appelle le patriarche, le père de mon cousin.
Je ne sais pas pourquoi je pense encore à lui, à sa vie, j'essaie d'imaginer ce qu'il a vécu... Et je n'oublierais jamais ce jour là où sous l'effet des psychotropes, il s'etait mis à parler à n'en pas finir. Il racontait son séjour en Italie. Il racontait comment il s'était fait coincé par les flics. C'était comme une rafle. Avant celà, il vivait de petits boulots, plongeurs, manutentions, au black biensure. Il allait à la mosquée de temps en temps où il avait sympathisé avec quelques habitués et les régisseurs de la mosquée. L'un d'entre eux, l'invita même à lui confier son passeport vert, et tous ses papiers personnels... Cet homme a du inspiré confiance à Rachid qui lui céda toute sa paperrasse. Il n'avait pas de toit fixe,ses papiers seraient certainement plus en sécurité à la mosquée que dans sa veste. Erreur sans retour.
Pour une affaire dont j'ignore exactement les détails, d'après Rachid en lien avec les "terro", les flics italiens s'étaient introduits dans la mosquée, avaient retrouvés la pile de passeports de plusieurs jeunes qui comme Rachid ont cru mettre en sécurité leurs affaires.... A partir de là, disait-il, c'était la traque et le début de la vie en prison....
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