Habituellement, quand un livre me plait, je vais à la bibliothèque, je l’emprunte, je le lis, et je le rend. Et c’est bien comme ça : je n’encombre pas ma petite chambre déjà saturée par les polys de cours qui s’entassent d’année en année (vais-je avoir le courage de les jeter un jour ?), et pour tenir un discours écolo, ça évite de gâcher du papier. Oui mais là, je voulais me procurer l'essai de Karim Amellal "Discriminez-moi ! Enquetes sur nos inégalités " qui n’était toujours pas disponible à la bibliothèque municipale. J’aurais pu faire une suggestion d’acquisition. Mais voilà, à force de lire par-ci par-là quelques extraits et interviews de l’auteur, je ne pouvais pas attendre. Je m’impatientais de le lire. Alors, je suis allée à la Fnac, à Châtelet plus précisément, en pensant que ça devait être la plus grande Fnac de Paris… quelle déception, je tournais en rond entre le rayon sociologie et roman français sans trouver mon bonheur. Je demandai alors au rayonniste, qui me confirma qu’il n’était pas en stock !
Il ne me restait que l’alternative internet. J’avais déjà acheté une imprimante, une machine à laver, une batterie pour PC portable via Internet, mais encore jamais de livre. Je tente le coup sur Amazon, et en plus, je me permets une petite réduction en l’achetant d’occasion, pratique pour un porte-monnaie d’étudiant. 24h plus tard, le colis dans ma boite au lettre, je l’ouvre sans attendre, feuillette les premières pages du livre. Combien grande fut ma surprise en découvrant ceci :
Pour le contenu, comme le décrit si bien l’auteur « Discriminez-moi ! est un cri d’amour, un cri d’effroi »… Effectivement, quel bonheur de se plonger dans un livre où tout ce que je m’étais forgé comme avis à travers mes expériences, sur l’école, les médias, la banlieue, la réussite et l’échec, étaient tout simplement formulés et pondérés d’une argumentation implacable.
Au sujet de la discrimination positive, je n’avais pas encore d’avis. Je me rappelle juste d’une histoire quand j’étais en troisième. C’était l’année où Science Po accordait aux brillants élèves de ZEP un accès plus « simple » à la prestigieuse école, nous en avions beaucoup débattu en classe. J’étais dans un collège privé, et dans ma classe, les élèves (dont certains se projetaient déjà d’entrer à Science Po !!) étaient farouchement opposés à cette mesure. Moi, à l’époque, je ne connaissais même pas Science Po, mais presque de façon instinctive, je sentais qu’il y avait un hic. Je ne comprenais pas leur indignation : « ouais, c’est dégueulasse, moi aussi je vais aller vivre dans le 93 pour rentrer à Science Po ». Eux même ne comprenaient pas la distance, les années lumières qui séparaient leur condition de vie à celle des élèves de ZEP… La seule image qu’ils avaient de la banlieue, c’était peut être à travers moi, la seule arabe du collège qui n’habitait même pas le 93, et qui, de surcroît, venait d’Algérie depuis à peine 5 ans, autant dire une image complètement biaisée !
Je n’avais pas d’avis donc, mais aujourd’hui, je ferme ce livre en étant convaincue qu’il y a des solutions simples et donc de l’espoir en France pour mettre à terme à une politique de ghettoïsation qui a suffisamment duré pour atteindre un degré d’inégalités socio-économique inacceptable…
Alors, Monsieur Karim Amellal, en hommage à la qualité de votre travail, comment vous remercier ?
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